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Leadership infirmier et pouvoir d’influence

6 novembre 20149 Comments

OIIQ

Source : OIIQ, décembre 2012

Résumé:
Le leadership est un art, une science, une ambition. Il repose sur des qualités personnelles, sur des habiletés stratégiques et aussi sur la volonté de changer le cours des choses. Il  peut se manifester dans tous les postes cliniques exercés par un infirmier ou une infirmière. Le leadership collectif de la profession exige des habiletés macro-politiques au sein de groupes organisés.

Le leadership est associé en général à des qualités personnelles. Toutefois, on évoque de plus en plus qu’il s’agit aussi d’une compétence professionnelle. La littérature en management suggère aux grandes entreprises de repérer le potentiel de leadership de son personnel : les habiletés techniques et l’expertise dans son domaine, l’intelligence analytique et le jugement ainsi que l’intelligence émotionnelle. J’ajoute l’importance de la culture générale et des habiletés communicationnelles.

Vision, audace, courage et habiletés stratégiques

Le management dans le secteur de la santé cultive malheureusement trop souvent une culture d’entreprise très normative, rigide, hiérarchique et appuyée sur les règles. De façon générale, les entreprises à succès qui s’avèrent les plus satisfaisantes pour les employés présentent une culture basée sur la créativité, la participation, la valorisation de l’expertise et enfin, sur l’expérimentation. Rappelons une citation célèbre de Peter F. Drucker à l’effet que « Le management est l’art de bien faire les choses; le leadership est l’art de faire les bons choix »

Au sein de la profession infirmière, on valorise de plus en plus le leadership clinique qui implique non seulement des habiletés techniques et un sens éthique développé, mais également une capacité à innover et faire évoluer les pratiques de soins. Ce leadership innovant peut cohabiter avec la multidisciplinarité. Ainsi, l’infirmière ou l’infirmier leader conçoit son rôle de soignant au-delà du soin et ose proposer des changements de pratique, prendre la parole, prendre la défense de l’intérêt des patients, prendre sa place dans l’équipe interdisciplinaire et se définir comme un expert en soins. Le leadership infirmier peut se mesurer à sa zone d’influence passant de praticien expert et réflexif jusqu’à leader d’opinion et agent de transformation de la société.

Les prises de position publiques

Pour un impact à l’échelle systémique ou territoriale, il faut investir les lieux de pouvoir ou d’influence, à l’interne de sa profession mais aussi à l’extérieur. Ces lieux internes, tel le CECII, tels les ordres régionaux, telles les associations professionnelles sont des forums pour faire bouger les choses. Outre l’Ordre et les syndicats, il existe plusieurs dizaines d’associations d’infirmières au Québec, la plupart méconnues. Leurs points de vue sur les politiques de santé, même si cela concerne un secteur en particulier telle l’oncologie, par exemple, seraient très intéressants à entendre. Malheureusement, ces associations ont peu de moyens.

Au Québec, dans un contexte de coupure de programmes et de renouvellement des conventions collectives, la voix syndicale sera sans doute la plus audible. Une voix syndicale forte, est-ce suffisant ? Un ordre infirmier d’envergure assure-t-il d’emblée un poids politique ? J’estime qu’il y a de la place pour des prises de position recentrées sur l’intérêt public, en guise d’exemple, Médecins québécois pour le régime public (MQRP) s’éloigne des positions corporatistes.

En dehors du réseau interne à la profession, il y a beaucoup de tribunes pour faire valoir une lecture originale des enjeux: blogues, lettre d’opinion, twitter, chambres de commerce, etc…Les regroupements de patients occupent de plus en plus l’espace public et la profession prendrait avantage à faire écho à leurs préoccupations. Les alliances stratégiques avec d’autres groupes ou professions peuvent constituer une force de frappe importante.

Il y a deux professions qui collectivement peuvent influer de façon significative sur le système de santé : les médecins et les infirmières. Les médecins possèdent notamment une autorité professionnelle indéniable confirmée par le Code des professions et par un monopole de marché concédé par le Régime d’assurance-maladie du Québec. Les infirmières sont le groupe professionnel le plus nombreux, présent dans tous les milieux avec une diversité de compétences, mais surtout, la profession a la confiance de la population avec une notoriété publique enviable. Le capital de sympathie s’avère un atout pour les jeux d’influence, mais ce n’est pas suffisant.

Le pouvoir des arguments économiques

Le contexte politique actuel au Québec où tous les programmes publics feront l’objet d’un examen s’avère une occasion pour faire valoir les solutions infirmières, notamment, dans le suivi des personnes présentant une maladie chronique et dans les soins de santé primaire. L’OIIQ et la FIQ tiennent ce discours. Pourquoi ces solutions infirmières tardent à trouver intérêt au niveau gouvernemental ?

Le nerf de la guerre demeure le mode de financement des activités cliniques au Québec qui fait en sorte qu’augmenter le nombre d’infirmières incluant les praticiennes est associé à une croissance des dépenses publiques. En effet, le partage des actes médicaux n’est jamais accompagné d’un transfert monétaire de la RAMQ aux établissements de santé qui doivent payer le salaire des infirmières mais qui n’ont pas à rémunérer les médecins. La volonté ministérielle d’introduire le financement à l’activité (forfait par diagnostic, par épisode de soins ou par procédure)en milieu hospitalier risque d’apporter des contraintes supplémentaires sur l’offre de soins infirmiers en établissant un standard de soins non-validé.

Conclusion

La profession infirmière peut-elle envisager une nouvelle posture sur la place publique ? Je rappelle que celle de victimisation est l’antithèse du leadership.Une culture professionnelle infirmière habile aux jeux de pouvoir, ouverte aux idées nouvelles et soutenue par une vision de société se consolide peu à peu.La maîtrise de l’argumentaire économique devient une qualité du leader d’aujourd’hui. De plus,les habiletés macro-politiques et médiatiques doivent maintenant être considérées comme des compétences professionnelles essentielles à l’émergence de leaders.

L’épidémie d’Ebola

10 septembre 20140 Commentaire(s)

Ébola
Source: Istock

L’épidémie d’Ebola en Afrique: chronique d’un désastre annoncé.

Depuis quelques semaines, les cris d’alarme se succèdent sur la scène internationale pour nous rappeler que plusieurs pays africains sont aux prises avec la pire épidémie d’Ebola jamais survenue. Joanne Liu, présidente de Médecins sans frontières (MSF), déclarait le 2 septembre à l’ONU que cette épidémie devenait incontrôlable. Pourtant, tout était prévisible, mais c’est si loin l’Afrique !

Le 6 septembre, les statistiques dénombraient 2097 morts sur 3,944 cas connus. Les femmes, soignantes naturelles, sont plus touchées que les hommes. Les morts se concentrent surtout dans trois pays : la Guinée, le Libéria, la Sierra Leone. Dans une moindre mesure, le Nigeria est atteint. Quelques cas ont été également trouvés en au Sénégal. Quant à la République démocratique du Congo, il s’agit d’une autre souche virale. L’OMS estime qu’au moins 20,000 personnes seront atteintes et qu’il prendra encore 6-9 mois pour juguler l’épidémie.

Le virus est extrêmement agressif et la mortalité de 50% à 90% dans ces conditions sanitaires. Il n’y a pas encore de vaccin. Il semble toutefois y avoir des avancées en ce sens. The Economist rapporte qu’une centaine de soignants sont décédés par manque de gants et autres mesures protectrices. L’ONG Action pour la faim a même dénoncé le manque d’eau de Javel ! Dans les circonstances, les professionnels du monde entier (médecins et infirmiers) ne se bousculent pas aux portes. L’OMS réclame des fonds pour des incitatifs financiers pour les soignants locaux qui souvent ne voient pas la couleur d’un chèque de paie.

Les scènes dramatiques d’un patient qui se sauve de l’hôpital ou encore de survivants exclus de leur village mettent un visage humain sur toutes ces statistiques. MSF déclarait que faute de places dans les centres de soins surpeuplés, les malades mourraient chez eux et qu’ « En Sierra Leone, les cadavres, hautement infectieux, pourrissent dans les rues. » On ne voit pas cela dans les médias. Les frontières sont fermées et les vols aériens cessés. Bref, c’est la quarantaine.

En 2000, j’accomplissais mon premier voyage professionnel en Afrique : au Burkina Faso et au Sénégal. J’ai eu l’occasion de visiter plusieurs installations de soins de santé : hôpitaux, léproserie, dispensaires de village. Quel choc ! Le manque si indécent de moyens. La malpropreté des lieux. Des villages sans puits d’eau potable. La prévalence de paludisme mortel et du sida. Je me souviens encore d’une jeune infirmière enceinte au Burkina. Quelques mois plus tard, j’ai demandé des nouvelles de sa grossesse et on m’a informée qu’elle était morte en couche. J’étais sidérée. Il est notoire que les infrastructures sanitaires sont minimales, insuffisantes, voire inexistantes dans ces pays. Quand je suis revenue de ce voyage, je n’avais de cesse de penser que tôt ou tard les pays développés paieraient cher leur indifférence.

La Banque Mondiale a promis 200 millions de dollars et la Commission européenne 140 millions d’euros. Les États-Unis enverront des militaires. Le Canada a installé un laboratoire mobile en Sierra Leone. Mais on sait bien que ce sont des mesures ad hoc probablement insuffisantes et sans effet à long terme. On est revenu au temps du choléra et de la peste dans ces pays. La Sierra Leone imposera le confinement à domicile de toute la population pendant trois jours, du 19 au 21 septembre ! Après cette crise, ces pays seront encore plus pauvres et les orphelins plus nombreux.

Il nous faut quand même faire preuve de réalisme, à l’ère de la circulation intensive au plan international, les bactéries et virus voyagent. Dans les pays pauvres, la proximité avec les animaux et le manque d’investissements dans les mesures de santé publiques créent des conditions favorables à de nouveaux virus et leur propagation. Ça n’existe plus une maladie africaine ! Le sous-développement s’avère un terreau fertile à l’apparition d’épidémies mondiales.

Influer sur les politiques de santé: un défi d’intérêt international.

28 juillet 20143 Comments

La Source

Gyslaine Desrosiers, en compagnie de professeurs de la Haute École de santé La source de Lausanne, participants à l'atelier « Influer sur les politiques de santé, de soins, de formation ... oui mais comment ? »

Le 26 juin, j’avais le plaisir d’animer un atelier à la Haute École de santé La source de Lausanne sur les stratégies personnelles et professionnelles, tant au plan personnel que collectif, susceptibles d’influer sur les politiques de santé, de soins et d’éducation. La profession infirmière dans tous les pays est le corps professionnel le plus important en nombre mais qui peine  à devenir un groupe d’influence.Le développement des habiletés macro-politiques au sein du corps infirmier s’avère un sujet d’intérêt international. La profession infirmière de par sa position privilégiée peut contribuer à l’amélioration de l’efficacité et de la pertinence des services de santé. Corps professionnel bien organisé, stratégies de visibilité publique et médiatique, prise de parole dans les débats de société portant sur la santé publique et les services de soins sont autant de conditions nécessaires aux jeux d’influence.

En Suisse, il n’y a pas d’ordre infirmier, mais une association nationale (ASI) qui fait des représentations politiques en vue de soutenir l’évolution de la profession. La Suisse romande (francophone) exige le 1er cycle universitaire (bachelor) comme niveau d’entrée à la profession. Les programmes de 2ème et 3ème cycle en sciences infirmières sont maintenant disponibles. La Suisse romande se démarque en Europe par son positionnement très orienté sur le développement d’une  filière académique en sciences infirmières qui s’inspire des traditions universitaires nord-américaines. Cette position politique distingue la Suisse romande des orientations de la Suisse alémanique plutôt encline  à suivre les pas de l’Allemagne. Cette dernière soutient  encore une vision traditionnelle de la profession infirmière. Une institution universitaire forte en sciences infirmières qui génère de la recherche en soins peut s’avérer une source d’innovations cliniques remarquables et éventuellement, un levier d’influence important. 

Souvenirs de campagne

Souvenirs de campagne.

Photo #1

Élections provinciales, mars-avril 2014.
Candidate du Parti québécois dans la circonscription de Blainville située dans la couronne nord de Montréal, j’ai vécu intensément 33 jours inoubliables, riches en émotions et en leçons de vie.

On dit « plonger en politique »! Devenir candidat pour une élection provinciale est un saut dans un univers méconnu au cours duquel on perd la notion du temps et où les apprentissages doivent se faire à grande vitesse. Il faut certes avoir un coup de cœur pour la circonscription qui doit nous accepter et être parrainé par le chef du parti, en l’occurrence, ce fut par Madame Marois que je remercie de sa confiance à mon égard.

Je ne suis pas une politicienne de carrière, mais je me suis toujours intéressée à la politique, à la gouvernance de l’État et aux politiques publiques. Ayant quitté la présidence de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) en octobre 2012, après vingt ans d’implication au niveau provincial et international, j’estime que je pouvais apporter une expérience professionnelle et personnelle significative, notamment pour les dossiers de la santé, de l’éducation, de la conciliation travail-famille et la francophonie. J’ai été présentée comme faisant partie de l’Équipe-santé du Parti québécois.

Infirmière, gestionnaire de carrière et stratège-conseil, j’aime planifier mes interventions pour être la plus performante possible. Je pensais, en tant que néophyte de la politique active, que lorsqu’un candidat était recruté pour une circonscription « cible », c’est-à-dire stratégiquement importante pour l’issue de l’élection , qu’un plan de campagne était prévu. Et bien non! On se retrouve avec une équipe de militants tous contents d’avoir « une candidate vedette » et qui te disent « faites du terrain ! ».

Premier choc, faire du terrain, où çà ? Quatre municipalités, un immense territoire, près de 59,000 électeurs. Je ne pourrai quand même pas faire toutes ces portes, me disais-je. Quelle rue, quand, avec qui ? Un labyrinthe

de rues où l’on se perd dans le temps de le dire. De toute façon, tant que les pancartes ne sont pas installées, on est invisible et inconnu. L’effet « pancarte » n’est pas négligeable pour un nouveau candidat. « Bonjour, madame, je suis la candidate du Parti québécois dans Blainville, permettez-moi de … » Réponse : « Je vous connais, je vous ai vu sur la pancarte ! » Bon, c’est déjà cela de gagné.

Photo #2

J’ai pensé qu’en rencontrant chacun des maires j’obtiendrais le portrait des priorités municipales. Ce fut fait. Deuxième choc, celui de la réalité des municipalités. Dans un temps record, j’ai dû me familiariser avec un tout nouvel univers : pacte fiscal, pacte rural (PNR), programme québécois des infrastructures, zonage agricole, autoroute 19, 25,15, sorties 28, 24, 25, la 640, la 335, la CRÉ, pistes cyclables, police municipale, Sûreté du Québec, Institut d’électrification des transports, MRC, UMQ, CMM, MAMROT. Appels multiples à chacun des cabinets ministériels concernés par ces dossiers. Cours 101 du candidat-député. Port de l’épinglette « coalition pour la 19 », obligatoire ! Ouf, un peu essoufflée !

Photo #3

La rencontre avec les maires nous instruit sur la circonscription, mais cela ne donne pas des votes pour autant, cela peut même nous en faire perdre. D’entrée de jeu, un des quatre maires s’est avéré fort positif, mais un autre ouvertement antagoniste, celui de Sainte-Anne -des-plaines. L’adversité de ce maire qui exigeait publiquement du Parti québécois l’inclusion de sa municipalité dans la PNR fut pénalisante. D’ailleurs, les décisions récentes relatives à la révision de la Politique nationale de la ruralité (PNR) affectant plusieurs villes de la couronne de Montréal n’étaient pas favorables à une réélection du Parti québécois. Mauvais « timing » ! D’ailleurs, le fait que le candidat CAQ, Mario Laframboise, soit un ancien maire peut avoir joué en sa faveur, tout au moins auprès de certains élus municipaux.

Chacune des municipalités a sa propre dynamique politique. La candidate libérale est conseillère municipale de la ville de Blainville. Certains sympathisants du Parti québécois étaient alignés pour l’équipe en place dans cette ville et d’autres contre. Il n’est pas évident de naviguer entre les écueils. Des rumeurs de collusion circulaient. Qu’est-il vraiment ? J’ai dû faire preuve d’une certaine réserve. J’étais un peu démunie dans cet univers où les jeux de pouvoir se tiennent dans l’ombre. Le candidat est passablement laissé à lui-même et ses sources d’information plus ou moins fiables.

Durant une campagne électorale, n’oublions pas les fameux Centres de la petite enfance (CPE) ! Fleurons du Parti québécois et même de Pauline Marois, personnellement, puisqu’elle en fut l’instigatrice. Blainville est une circonscription en explosion démographique où les jeunes ménages foisonnent. La conciliation travail –famille pourrait s’avérer un thème gagnant.

Troisième choc, la circonscription de Blainville est le royaume des garderies privées et n’a pas eu d’octroi de places garderies subventionnées en 2012 et 2013. Une pétition circule à Bois-des-Filion ! Le propriétaire d’une garderie à Sainte-Anne des plaines m’invective : « comment se fait-il madame Desrosiers que la subvention ne suit pas le parent et ne permet pas à une garderie dite privée d’accueillir des enfants de parents qui, eux, seraient éligibles à une subvention ? » Euh!…Appel au cabinet de la ministre Léger, je découvre qu’un CPE exige « la mobilisation du milieu » (sic) pour voir le jour. Une OBNL doit être créée et elle doit présenter un dossier lors des appels d’offres du ministère. Techniquement, l’accès à un CPE restera très difficile, voire impossible dans cette région. Bon, restons discrète sur ce dossier. Puis-je me rendre utile sur un autre front ?

Il m’apparait alors opportun de me rabattre sur les dossiers de la santé qui sont un enjeu prioritaire dans tous les sondages. D’ailleurs, l’équipe santé du Parti québécois s’avère de grand calibre : une équipe multidisciplinaire de candidats (médecin spécialiste, infirmière, pharmacienne, médecin omnipraticien) de haut niveau, sans oublier Véronique Hivon, ministre déléguée, réputée pour avoir piloté le dossier du « Mourir dans la dignité ».

Photo #4

Quatrième choc, il n’y a pas de points de services publics de santé dans toute la circonscription. Pas de veine ! Pire, il y a quelques cliniques privées de services non-assurés. Des gens me disent payer 95.$ la visite. De plus, l’accès aux services plus spécialisés n’est pas davantage facile : il faut aller à St-Eustache, St-Jérôme, Laval, ou encore à Repentigny. Les récriminations sont importantes. C’est comme cela ! Oups, est-ce que la plate-forme électorale du Parti québécois me permet d’énoncer des correctifs à cette situation ? Non. J’interviens auprès de la direction stratégique de la campagne, ne pourrais-je pas avoir un engagement électoral à annoncer ? Cette demande est restée lettre-morte.

Pendant ce temps, les jours passent. Les bénévoles occupent le local électoral qui bourdonne du bruit des appels téléphoniques pour le pointage. Plusieurs infirmières sont venues m’aider dont une infirmière de Sorel, une autre de l’ouest de Montréal, une autre de St-Hilaire, sans oublier celle de Blainville qui m’a accompagnée à plusieurs reprises. La responsable des bénévoles est une femme âgée de 82 ans, indépendantiste depuis toujours, vive, pétillante, dévouée, elle tient le fort jour après jour.

Photo #5

Le DOC ou directeur de l’organisation de campagne, Marc est un vieux routier de l’organisation électorale. Calme et efficace. Venu directement de Québec, il dirige l’opération pointage et l’organisation du Jour J. Il est membre du cabinet du ministre Maka Kotto. Un permanent du Parti québécois, Jean-Sébastien vient donner un coup de main régulièrement , sans oublier Marc –André du cabinet Marois. Ils se font rassurants. Mais plus la campagne avance, plus le doute s’installe et l’inquiétude des bénévoles devient palpable. Ils parlent de plus en plus du contrôle de la campagne par des « médias fédéralistes ».

Faites du terrain, disaient-ils !

Au fil des activités, il se dégage trois types d’électeurs : les super-enthousiastes péquistes depuis toujours, les silencieux aux visages de glace et au regard furieux sans doute libéraux et les très volubiles réformistes de la gestion d’état qui sont sceptiques face à tous les élus, sans doute des caquistes.

– « Bonjour monsieur, je suis la candidate du Parti québécois dans Blainville » et lui de répondre sèchement, « Vous avez le droit ! »

– « Madame, il est défendu de faire de la sollicitation et d’interpeler les clients à l’entrée de notre épicerie IGA (boul. des Seigneuries). » « Puis-je distribuer mes feuillets à l’extérieur devant la porte ? » « Non madame, si vous voulez jouer à cela, allez devant le Dollarama ! » Vive la démocratie !

Photo #6

– « Bonjour madame Desrosiers, je tiens absolument à vous expliquer le boycottage des pères Noël dans les centres d’achats qui, maintenant, sont placés dans un coin moins visible » « Vraiment ? »

– « Madame Desrosiers, ma fille est en chômage… »

– Une dame âgée se jette dans mes bras en pleurant et en me disant : « Ma présidente! ». C’est une infirmière retraitée.

– « Me reconnaissez-vous ? » « Euh, non pas vraiment » « Et là, sans le chapeau ? C’est moi, le barbier qui coiffait votre fils. » dit le vieillard. Surprise émue.

– Un citoyen d’origine syrienne veut que j’aille parler en chaire à la messe du dimanche. Je refuse. Estomaquée.

– Le président d’une usine florissante me tient un discours de droite hyper-enflammé, sans m’offrir une chaise ou un fauteuil pendant 3 heures. Épuisée.

– Un hebdo régional m’interview et met la photo des candidats, sauf la mienne. Coudonc, est-ce une erreur ou un choix éditorial ?

– La cabane à sucre Paquette à Sainte-Anne des plaines est très accueillante et le club de l’âge d’or local fort sympathique et accueillant. Au moins deux cent mains à serrer.

– Visite dans une résidence de personnes âgées : « Vous savez, moi madame, je jouais aux cartes avec René Lévesque dans un sous-sol de Villeray ». Le bon vieux temps!

– Le hall accueillant chauffé du Walmart. La gare de Blainville sous un froid sibérien. Trois chutes de neige et de la pluie agrémentent la campagne. Une campagne en mars, mal avisée !

– L’augmentation de 4,3% des tarifs d’électricité d’Hydro-Québec au 1 er avril. « Vous pouvez expliquer cela Mme Desrosiers ? » Merdre! Coïncidence avec la remontée de la CAQ.

– Activités de groupe : les huit candidats des Laurentides se promènent toute une journée de Mont-Tremblant à Ste-Thérèse pour rencontrer les hebdos locaux. Les huit candidats vont aussi un après-midi à la télévision communautaire. Est-ce que cela va aider à obtenir des votes ? Il me semble qu’on s’éloigne « du terrain ». Au terme, seulement trois sur huit auront été élus.

Photo #7

– Les pancartes sont déplacées durant la nuit. Défense de serrer les mains des clients au restaurant St-Hubert de Ste-Thérèse avec le ministre Cloutier et Martine Desjardins. Bon, il n’y en aura pas de facile!

– Un citoyen agressif : « Cela fait une semaine que j’essaie de rejoindre Mme Marois au téléphone et on ne retourne pas mon appel. J’ai des suggestions importantes à lui faire pour sauver des coûts importants à l’état. » Inouï.

– Plein d’activités instructives mais qui ne génèrent pas de votes, ex : les candidats sont « convoqués » à une rencontre avec les CSSS et Ste-Thérèse et de St-Eustache. Deux heures de doléances sur leur situation budgétaire.

– Pourquoi pas un selfie avec Pierre Karl Péladeau ? Je n’ai pas osé.

– Mes trois enfants, très impliqués dans mon organisation électorale, aux communications, médias sociaux et autres tâches connexes, m’appellent maintenant « La candidate ».

– Le ministre Bernard Drainville accepte généreusement de venir animer un café-croissant un samedi matin. Quelques dizaines de sympathisants répondent à l’invitation. La Charte s’invite au programme. La candidate fait un discours vibrant sur les services de santé au Québec. Enfin, cela commence à ressembler à une campagne électorale. Il y a de l’action.

Photo #8

– La candidate vote de façon anticipée et elle vote pour elle-même ! Étrange de se voir ainsi sur le bulletin de vote. Fierté.

– Des candidats se promènent dans l’autobus de madame Marois et échangent des propos inquiets (tournée Drummondville, Acton Vale, Granby). Aucune des conférences de presse auxquelles nous participons n’est couverte (ou à peine) aux nouvelles télévisées de fin de journée. Préoccupée.

Photo #9

– Ta meilleure amie t’envoie un courriel durant la campagne : « Tu sais Gyslaine, le PQ c’est out ! ». Le goût de pleurer.

– « Moi, madame, je ne voterai plus jamais pour le PQ ! » « Mais pourquoi ? » Pas de réponse. Serrement de cœur, je me sens comme durant le référendum de 1995. Un mauvais film. Un cauchemar.

En fin de campagne, écouter les nouvelles télévisées donne la nausée au sens littéral comme au figuré. L’atmosphère sur le terrain est différente du début de la campagne. Un vernissage à Sainte-Anne des plaines, l’avant-veille de l’élection au cours de laquelle personne ne vient me parler. Malaise indicible.

Le Jour J

Le local électoral devient une fourmilière. Des dizaines de bénévoles : téléphonistes, routiers, préposés à la base de données, commissionnaires, militants, et autres. Tout le monde est fébrile et de bonne humeur. Il faut faire « sortir le vote ». C’est fascinant. Je n’avais de cesse de me répéter : c’est donc cela, la fameuse « machine électorale ».

La candidate est retournée « sur le terrain » et elle doit faire le tour de tous les bureaux de scrutin (24), soi-disant pour serrer des mains. J’en ai serré très peu. On cherchait les bureaux ! Sans GPS, j’y serais encore. J’ai terminé la tournée quasiment à la clôture de la votation à 20 heures. Ce fut épuisant. Une autre activité traditionnelle inutile.

Les bénévoles attendent pour quitter le local électoral, situé boulevard Curé Labelle à Blainville. Embrassades et serrements de main. Une fidèle amie me donne trois (!) bouteilles de champagne. On réussit à fermer vers 20 heures 30. Déjà, le temps de se rendre à Bois-des-Filion , un gouvernement libéral majoritaire est annoncé. Bon, reste à voir si je serai élue. Ma défaite sera confirmée assez tardivement en soirée. Les trois partis se suivaient de près. J’ai espéré un bureau de vote (« poche péquiste ») qui ferait basculer le résultat en ma faveur. Il n’en fut rien.

Les orphelins de campagne

La veille de l’élection, mon fils, ingénieur, fort en maths, me téléphone à minuit et avec une voix d’enterrement, il me dit inquiet : « Tu sais maman, j’ai analysé tous les sondages et avec la remontée de la CAQ, tu vas probablement perdre dans Blainville. Tu le sais maman ?…. Selon Bryan Breguet, vous êtes nez-à-nez dans Blainville, le PQ, le PLQ et la CAQ. Les trois partis sont dans la marge d’erreur, à plus ou moins 3 % ». ». Ouais….la remontée CAQ n’annonce rien de bon. « On a fait comme on a pu ! ».

J’ai terminé à 29, 4% versus 25,3% pour le PQ au plan national. La CAQ l’a emporté avec 33,9 % et le PLQ suivait à 29,5%.

Finalement, les enjeux du système de soins et de la santé n’ayant pas été exploités durant la campagne électorale, à l’exception d’une apparition à RDI en début de campagne, je n’ai pu être propulsée sous les feux de la rampe médiatique et je suis restée méconnue d’une grande partie des citoyens de Blainville. Notre présence sur les médias sociaux pourtant assez exemplaire n’a pu être exploitée à son plein potentiel dans le temps imparti.

Le candidat, nous dit-on, ne compte que pour 5 % du résultat du vote, déjà en commençant, je ne savais trop si cela était encourageant ou démotivant. Cette réalité à l’effet que la campagne électorale se déroule ailleurs, surtout dans les médias nationaux, provoque un effet paralysant, déroutant. On peut même se demander si le candidat doit faire campagne, les pancartes sont peut-être suffisantes. Finalement, lorsqu’il y a une vague déferlante, le candidat n’a plus aucune importance. La vague orange de la dernière élection fédérale en est le vibrant exemple. Cela n’est pas très incitatif pour les personnes de qualité à se présenter en politique. On peut aussi y voir le peu de considération allouée au rôle législatif des députés.

Même si l’écart entre le PQ et la CAQ s’est réduit dans la circonscription de Blainville, le PQ y voit son pourcentage global de vote baisser depuis 2003. La circonscription a élu trois fois sur cinq soit l’ADQ ou la CAQ. Circonscription jeune et fortement francophone à près de 95%, elle incarne bien un nouvel électorat assez aisé, plus à droite et fortement intéressé d’abord et avant tout par sa qualité de vie à court terme. « Le pelletage de nuages » n’y a pas la cote. En 2018, la circonscription n’aura pas eu de député du côté gouvernemental depuis 15 ans. Cela pourrait s’avérer une inclinaison déterminante.

Je suis encore abasourdie par l’ampleur générale de la défaite qui signe la fin d’une époque. Il faut mettre en perspective la défaite de 2008, celle du Bloc québécois au fédéral, la quasi-défaite de 2012 et cette débâcle de 2014. Le vote francophone est éclaté en trois partis et la province est fracturée. Les trois plus grandes villes Montréal, Québec et Laval sont abonnées au Parti libéral. Ce parti qui n’a pour ambition que la volonté de gouverner risque de s’enraciner pour longtemps, si les forces d’opposition ne se regroupent pas. Gouverner ou militer, l’éternel dilemme du Parti québécois.

Cette élection a fait germer une colère sourde. Humiliés, les militants indépendantistes sont orphelins d’un parti inspirant, d’un chef visionnaire, d’un pays.

Merci aux joyeux bénévoles qui m’ont accompagnée durant cette campagne électorale. Vous êtes des gens de conviction et de cœur. MERCI.

Photo #10

Dévoilement des lauréates Prix Femmes de mérite 2014-YWCA Montréal

Gyslaine Desrosiers, lauréate de la catégorie santé

Je remercie l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) d’avoir soumis ma candidature pour le domaine de la santé et je suis fière d’être la lauréate de l’année dans cette catégorie. Fière également d’y représenter la profession infirmière.

laureates-femmes-de-merite-2014

Le Y des femmes de Montréal, sa Fondation et BFL CANADA sont fiers de dévoiler le nom des 13 femmes de mérite qui seront honorées le 30 septembre 2014 au Palais des congrès de Montréal lors des 21e Prix Femmes de mérite. 
Barry F. Lorenzetti, président, chef de la direction et fondateur de BFL CANADA, sera le président d’honneur de cette 21e soirée. Barry F. Lorenzetti promet une soirée mémorable à la hauteur des lauréates, rythmée par la musique des Beatles, avec le fameux groupe Replay The Beatles.

1ère rangée, assises de gauche à droite :
éducation : Wendy Thompson, directrice, École de travail social, Université McGill
sports et mieux -être : Caroline Ouellette, athlète olympique, hockey
affaires et profession : Christine Décarie, vp Groupe Investors
femme du YWCA : Mispa Nkuh Basa, , travailleuse sociale CLSC St-Léonard,
engagement social : Lucie Joyal, dg, Centre d’expertise Marie Vincent
arts et culture : Françine Lelievre, dg, Cité d’archéologie et d’histoire de Montréal,

2ème rangée, debout de gauche à droite :
environnement : Sylvie Guilbault, dg, Les amis de la montagne
sciences et technologie : Nathalie Tufenkji, professeure et chercheure, département de génie chimique Université Mc Gill
jeune femme de mérite : Cathy Wong, YMCA du Québec
communications : Marianna Simeone, journaliste et présidente MS MEDIA
entreprenariat : Daniele Henkel, Les entreprises Daniele Henkel
santé : Gyslaine Desrosiers, consultante et présidente du SIDIIEF

Pour  en savoir davantage : www.ydesfemmesmtl.org

Voir l’article dans La Presse

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