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Mobilité internationale au sein de la Francophonie
Mobilité internationale au sein de la Francophonie : l’axe Québec-France1.
En 2008, le Québec et la France concluaient une entente en matière de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles. Selon le Ministère de l’immigration du Québec plus de 80 professions ou métiers ont signé un accord (ARM) en vertu de cette entente-cadre.2En juin 2010, à titre de présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), je signais un tel accord touchant la profession infirmière avec l’Ordre national infirmier de France (ONI).3 Où en sommes-nous quatre ans plus tard ?
Quel bilan pour la profession infirmière ?
Le Québec présente un bilan positif de cet accord. Celui-ci a permis de tripler le nombre d’entrée annuel d’infirmières de France. Les statistiques sont éloquentes (Source OIIQ).
– 190 permis en 2013
– 218 stagiaires en janvier 2014
– 630 permis au total depuis le début de l’ARM
– 70% de taux de rétention après 5 ans
Au début 2014, 854 infirmières françaises pratiquent au Québec et si on ajoute celles en stage d’intégration, on obtient un potentiel de 1102 personnes, soit environ 1,5 % du total de l’effectif de l’OIIQ.
Du côté français, l’ARM constituait un exercice de pure forme. Au cours de l’année, l’ONI a émis un communiqué mentionnant qu’une première Québécoise venait d’être admise en France en vertu de l’ARM. Il semble que l’obligation de faire un stage d’adaptation dans un établissement hospitalier en France est inapplicable et l’ONI envisage demander son retrait de l’accord.
Je rappelle que la France a refusé de reconnaitre les diplômés des techniques infirmières des collèges québécois et n’accepte que les titulaires d’un baccalauréat en sciences infirmières. Les motifs invoqués étaient un déficit important d’heures de formation non-conformes à la directive européenne et le passage à la licence universitaire.
Le succès de l’intégration d’infirmières françaises au Québec repose grandement sur le recrutement « agressif » du ministère de la santé du Québec (MSSS) conjointement avec des hôpitaux tous les ans au Salon infirmier de Paris. Il faut également mentionner l’abandon de l’examen d’entrée, établi par l’ARM et l’usage de la langue française. Par ailleurs, un irritant subsistait. Le MSSS a finalement accepté de reconnaitre au plan salarial la licence universitaire française comme équivalente au baccalauréat québécois. Est-ce que cela va augmenter le flux migratoire en faveur du Québec ? Possiblement. Par ailleurs, l’accès direct aux études universitaires de 2ème cycle pour les infirmières françaises détentrices d’une licence n’est pas acquis auprès des universités québécoises.
La France avec près de 600 000 infirmières constitue un bassin de recrutement pour le Québec. Toutefois, on ne connait pas les facteurs de succès à long terme. Habituellement, la migration internationale est liée au contexte économique. Il y a toujours un pays, un état américain ou une province qui offre des conditions de travail plus alléchantes. La rétention des diplômés locaux demeure toujours la priorité dans une stratégie nationale. Globalement, l’infirmière canadienne est peu mobile et la Québécoise l’est encore moins.
Par ailleurs, la mobilité internationale des étudiants de 1er, 2ème et 3ème cycle en sciences infirmières ne semble pas être considérée comme une option d’intérêt par le gouvernement du Québec. Pourtant, le Québec présente un avantage concurrentiel au sein de la francophonie par l’existence d’une filière universitaire académique complète en sciences infirmières dans la plupart de ses universités.
L’OCDE considère même que l’accueil d’étudiants étrangers surtout au niveau tertiaire s’avère « une manne » pour le pays d’accueil. « Lorsque les étudiants étrangers font le choix de s’installer dans leur pays d’accueil après l’obtention de leur diplôme, ils ont un impact à long terme sur l’économie. Dans l’ensemble, dans les pays de l’OCDE dont les données de 2008 et 2009 sont disponibles, le taux d’installation atteint 25 % et s’établit à plus de 20 % dans la grande majorité d’entre eux. En Australie, au Canada, en France et en République tchèque, ce taux passe même la barre des 30 %, ce qui n’est pas sans influer sur le marché du travail.»4
Pendant que le Québec s’activait à signer des ARM et à adopter des règlements d’application, on peut se demander ce qui se passait au plan canadien. Cela apparait d’autant plus important que l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Europe (AECG) vient d’être conclu. La dynamique canadienne sera prépondérante dans ce contexte.
La cohabitation du modèle canadien et québécois.
En 2009, le gouvernement canadien a mis de l’avant le Programme canadien de reconnaissance des titres de compétence étrangère (RTCE), en anglais le Foreign Credential Recognition
Program.5
Ce programme assorti d’un plan de subventions de 50 millions visait huit (8) professions prioritaires dont les infirmières. En 2010, a vu le jour le Service national d’évaluation infirmière (SNEI), mieux connu sous le nom de National Nursing Assesment Service (NNAS). Ce guichet unique d’accès pour les infirmières diplômées à l’extérieur du Canada sera en fonction à compter d’août 2014 et aura pour mission : l’évaluation du cursus éducatif étranger (credentialing) et la création d’une base de données canadienne des programmes étrangers de formation infirmière.
Avant d’être référées à l’ordre infirmier provincial, les infirmières étrangères pourront recevoir trois types de réponses:
-Qualifications reconnues
-Compléments de qualifications exigés (bridging program)
-Orientation vers des fonctions ou professions alternatives
L’OIIQ ne fait pas partie de cette initiative canadienne et continuera à offrir un service d’études d’équivalence d’études ou de formation. Personne au Québec (ni le CIQ, ni l’Office des professions, ni le MSSS, ni MICC ou le MRI) nous a informé de cette initiative ou nous a signalé sa pertinence. L’OIIQ était confronté à plusieurs freins dont celui de la langue pour participer à ces travaux. De plus, le Québec étant la seule province à ne pas exiger un baccalauréat comme formation initiale, il devenait également difficile de participer à des travaux de reconnaissance de diplomation. L’OIIQ est toutefois membre du Conseil canadien des organismes de réglementation de la profession infirmière (CCORPI) qui devrait être l’organisme visé pour la mobilité infirmière Canada-Europe. Il a été établi au plan gouvernemental que ce rôle ne pourra être joué par des associations professionnelles.
Il est clair que les ordres infirmiers au Canada se sont préparés à faire face à l’application de l’Accord Canada-Europe dans l’esprit de la Convention de Lisbonne et de l’accord de Bologne (LMD). On peut affirmer que les professions qui ont harmonisé leur formation et qui ont des processus d’agrément de leurs programmes universitaires seront davantage protégées dans les échanges de mobilité. Elles fixent et contrôlent mieux leurs normes professionnelles qui sont de plus en plus internationales. D’ailleurs, le Conseil supérieur de l’éducation du Québec publiait en 2005 un avis sur l’internationalisation des programmes.6
Je viens d’évoquer la dynamique canadienne. Il faut maintenant jeter un regard sur les règles qui dictent la mobilité dans les pays de l’Union européenne.
La mobilité professionnelle au sein de l’Union européenne
Le Parlement européen vient d’amender (décembre 2013) la directive européenne 2005-36 qui porte sur la reconnaissance des qualifications professionnelles et la mobilité. Cette directive est le pendant de l’accord de commerce intérieur canadien, mais elle présente un caractère plus contraignant.
Elle établit notamment une reconnaissance automatique pour sept professions : médecins, infirmières, sages-femmes, pharmaciens, dentistes, vétérinaires et architectes. Il est clair que ce sera le point de départ de toutes les discussions portant sur la mobilité Canada-Europe.
Cette directive a donné lieu à une partie de bras de fer entre les pays. Le Sénat français a même invoqué que le projet législatif n’était pas conforme au principe de subsidiarité. Ce qui fut refusé, L’Allemagne a pour ainsi dire imposé sa position dans le cas notamment des infirmières. Celui des sages-femmes fut également fort contesté.
Exemple : la profession sage-femme est positionnée au niveau post-secondaire (après 12 ans de formation générale) mais pas obligatoirement au niveau universitaire. La directive prévoit des dérogations pour des sages-femmes polonaises d’expérience ayant seulement 10 ans de formation générale (sec. IV).
Exemple : la profession infirmière n’a pas été positionnée au niveau post-secondaire, mais la directive oblige un minimum de 4600 heures de formation dont 2 300 en stage. Au Québec, on estime que la formation professionnelle dans les collèges est post-secondaire, mais elle très loin de 4 600 heures.
La directive européenne introduit une carte professionnelle européenne obligatoire pour tout professionnel demandeur, un système centralisé d’alertes sur les fautes disciplinaires ou condamnations criminelles. Le test linguistique est autorisé.
J’attire également votre attention sur la notion de « cadre commun de formation » qui est fortement souhaité et peut être imposé si la profession est réglementée et que 1/3 des états membres le souhaitent. Enfin, à mentionner, la notion d’accès partiel à une profession. La directive européenne ne remet pas en cause les dispositifs éducatifs des états membres mais vise à soutenir le plus largement possible la mobilité.
Conclusions
L’entente sur les ARM Québec/France, issue d’une volonté politique visionnaire, présente des caractéristiques uniques et constitue un formidable acquis de consolidation de la Francophonie. Sa mise en œuvre exigeait de la part des ordres professionnels une grande ouverture d’esprit. Une logique de reconnaissance de qualifications permet une plus grande flexibilité que celle d’équivalence de formation.
La réglementation québécoise et les conventions collectives des services publics et parapublics ne sont pas toujours en phase avec les objectifs de mobilité, le cas échéant. De consentement, l’accès partiel à une profession pourrait être envisagé pour un ressortissant étranger qui n’est pas visé par un ARM, à moins de considérer que le devoir de compétence prévu au Code de déontologie est suffisant. Chaque profession possède une dynamique de marché différente selon qu’elle s’exerce de façon libérale ou comme salarié d’état. La bonne nouvelle est que dans l’Accord Québec-France, les organismes de réglementation demeurent des partenaires de premier plan .Cette confiance des gouvernements à l’égard des ordres est un rempart à une trop grande libéralisation, mais pour durer, les ordres doivent démontrer une collaboration raisonnable.
Le flux migratoire positif de la profession infirmière pour le Québec, consécutif à l’ARM, découle aussi des affinités naturelles et culturelles avec la France. Il importe de se rappeler que la mobilité effective répond habituellement à des impératifs économiques et que les accords de libre-échange exigent une vigie sur l’évolution du marché et sur la concurrence. Mentionnons que l’OMS insiste sur un recrutement international éthique et invite les pays à s’engager en ce sens…mais cela est une autre histoire.
Un accord, quel qu’il soit, c’est un cadre! Cela ne remplace pas une stratégie de planification à large spectre au plan gouvernemental. Le CIQ sera sûrement un partenaire important du MRIFCE pour l’étude des défis et opportunités qu’apporte une plus grande mobilité des professions. Ces études devront se faire par secteur économique et dans certains cas, par profession. L’Accord Canada-Europe oblige une meilleure analyse de la directive européenne et de son application, sinon il y a des risques de boite à surprise. Tout en privilégiant et consolidant son entente avec la France, le Québec devra quand même surveiller ce qui se passe sur la scène canadienne.
1 Adaptation d’une conférence présentée le 27 janvier au Colloque organisé par le Ministère des Relations internationales, Francophonie et Commerce extérieur du Québec et le Conseil interprofessionnel du Québec.
2 http://www.immigration-quebec.gouv.qc.ca/fr/biq/paris/entente-france-quebec/
3 http://www.immigration-quebec.gouv.qc.ca/publications/fr/arm/ARM-infirmieres.pdf
4 OCDE 2013 Indicateurs de l’éducation à la loupe – 2013/05 (juillet)
5 http://nouvelles.gc.ca/web/article-fr.do?nid=556009
6 Conseil supérieur de l’éducation (2005). L’internationalisation: nourrir le dynamisme des universités québécoises, Québec, CSE.
Statu quo de la formation des infirmières
Le maintien du statu quo de la formation des infirmières : une décision coûteuse.
(une version plus courte de ce texte a été publié dans Le Devoir, 11-12 janvier 2014 – Voir le texte >>)
Le ministre Réjean Hébert a rendu publique sa décision de maintenir le statu quo de l’accès à la profession infirmière au niveau du diplôme collégial. L’opposition historique et incompréhensible des syndicats infirmiers à un rehaussement de la formation de la relève au niveau universitaire ainsi que le lobby de la Fédération des cégeps ont cloué le cercueil à un enrichissement de la formation de base et à une diplomation universitaire obligatoire.
L’amélioration de l’accès aux soins est compromise
Quel est l’impact à moyen terme pour l’organisation des soins et services de santé au Québec ? L’OCDE a invité tous les pays à revoir le partage de responsabilités entre les médecins et les infirmières pour augmenter l’accès aux services et réduire les coûts liés au suivi des personnes souffrant d’une maladie chronique (cancer, troubles psychiatriques, toxicomanies, problèmes cardio-vasculaires, respiratoires, diabète,..). Les analystes les plus avisés, tel M. Claude Castonguay pour le Québec, ont déjà signalé que le Québec tarde à prendre ce virage.
Toutes les provinces au Canada ont anticipé ces nécessaires changements. Alors qu’au Québec, en 40 ans, aucune heure de formation n’a été ajoutée à la formation des infirmières, les provinces canadiennes ont commencé à rehausser la formation de base au niveau universitaire, il y a déjà une quinzaine d’années. L’Ontario a emboîté le pas en 2005. On anticipe que dans le reste du Canada, ainsi qu’aux États-Unis, 80% des infirmières en emploi auront un baccalauréat en 2020 versus 40% au Québec.
Il est dorénavant clair que le Québec ne donnera pas les mêmes services ou, encore que l’efficacité ne sera pas au rendez-vous. On ne peut envisager demander aux infirmières qui n’ont pas la formation requise de coordonner le suivi de malades chroniques, d’ajuster et prescrire de la médication, d’appliquer à large échelle des ordonnances collectives, d’offrir des services de consultations sans rendez-vous, etc…. Le ministre a, en quelque sorte, reconnu la pertinence d’une formation infirmière technique et « hospitalo-centrique » sans égard aux développements recherchés dans les services de santé. Réformer l’organisation des soins vers des services ambulatoires ou dans la communauté sans une masse critique suffisante d’infirmières adéquatement formées devient peine perdue.
La recherche de performance budgétaire en santé continuera à s’acharner sur l’organisation des soins infirmiers hospitaliers au lieu de s’appuyer sur la complémentarité entre les lieux de soins et les professions, notamment entre les médecins et les infirmières. Les syndicats de médecins ne doivent pas être mécontents du statu quo et restent dans l’ombre à l’abri des questions. Les budgets des soins infirmiers et celui des médecins ne feront pas l’objet d’analyse de performance intégrée. Une approche globale aurait coupé court aux arguments de ceux qui prétendent que le Québec n’est pas assez riche pour se permettre des infirmières mieux formées. Les autres provinces ont fait le raisonnement inverse.
Encore plus surprenante est la proposition de la FIQ ! Faire une étude sur la répartition de tâches entre les infirmières cliniciennes et techniciennes, les infirmières-auxiliaires et le personnel de soins de soutien, les syndicats infirmiers. En préconisant de « rebrasser » la même soupe, sans égard au niveau de soins de l’établissement et aux besoins du futur, n’offrent-ils pas les infirmières syndiquées en pâture aux requins de l’optimisation? Je constate une approche en silo qui ne permet pas d’élargir la vision vers les activités cliniques de l’avenir.
La résistance syndicale au Québec au rehaussement de la formation de base pour la relève demeure pour moi inexplicable. Est-ce la bonne vieille stratégie diviser pour régner ?
La protection du public en perte de sens
Le réseau collégial est triomphant. Les cégeps ne sont plus menacés ! Le programme de techniques infirmières perdurera en toute tranquillité. Pourtant, la proposition de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) ne mettait pas leur avenir en péril et préconisait un programme DEC-BAC. Il semblerait que les cégeps sont le signe distinctif du Québec et que les programmes collégiaux valent bien l’université dans les autres provinces….pour les sciences infirmières seulement!
L’OIIQ a constaté un déficit d’au moins 2500 heures de formation comparativement aux autres provinces et à la France. Le ministre a déclaré qu’il est allé en France et que les infirmières diplômées des cégeps sont « meilleures », malgré les 3000 heures de formation supplémentaires ! Pourtant, les directions de soins infirmiers des établissements hospitaliers au Québec ne cessent de devoir investir dans des compléments de formation pour compenser, notamment en soins critiques. Dans certains domaines cliniques comme en santé mentale, c’est carrément impossible. Les syndicats disent qu’il est méprisant d’évoquer les déficits de formation. Le jeu de l’autruche quoi !
Les ordres professionnels ont un devoir inscrit dans la loi de protéger le public. Le socle de la protection du public repose sur l’acquisition des compétences nécessaires. Ce fondement du système professionnel qui est basé sur l’adéquation entre la formation et les droits d’exercice oblige le gouvernement à déterminer quel diplôme donne accès à une profession réglementée. L’OIIQ avait anticipé que le Québec s’ajusterait au standard canadien et international. Ainsi, le très large champ d’exercice consenti à la profession infirmière au plan légal avec les lois 90 et 21 dépasse de beaucoup les compétences acquises au collégial. Cependant, la formation initiale n’a pas suivi l’évolution de ce cadre légal. Il n’y a pas assez d’heures de formation et les contextes de pratique demandent de plus en plus d’autonomie, sans compter les spécialités qui se développent au 2ème cycle universitaire.
L’OIIQ, plutôt que de demander « à la pièce » de multiples attestations de formation relatives à de nombreuses activités prévues à l’article 36 de sa loi, en toute légitimité, s’est adressé au gouvernement pour que ce dernier change le règlement du diplôme qui donne accès à la profession. Cette légitimité et ce devoir légal de protection du public se voient aujourd’hui bafoués au bénéfice du lobby syndical et des cégeps.
Le statu quo n’est pas une solution
Le président du comité ministériel Dr Pierre Durand a donné raison à l’OIIQ et a déclaré que le rehaussement de la formation infirmière au niveau universitaire est incontournable. À mon avis, l’appui syndical ne sera jamais acquis. Le manque de consensus au sein de la profession paralyse le gouvernement. Par ailleurs, le statu quo obligerait l’OIIQ à fermer les yeux sur les déficits de compétence. L’arrimage entre les activités réservées aux infirmières par la loi et la formation doit être résolu.
Le système professionnel prévoit divers mécanismes : le rehaussement du diplôme de formation qui permet un ajout substantiel d’heures de formation professionnelle pour la relève, les attestations obligatoires de formations supplémentaires au permis en lien avec des activités réservées spécifiques pour les infirmières en exercice ou la création de différentes classes de permis d’exercice.
Au Québec, dans tous les domaines, on différencie les techniciens et les bacheliers. Devant la situation de statu quo qui maintient deux niveaux de formation pour un même titre et un même cadre légal, l’Office des professions devrait exiger des permis de pratique différents pour les infirmières techniciennes et bachelières, comme c’est le cas dans tous les autres domaines réglementés. Le Québec veut être distinct, mais la cohérence doit être au rendez-vous, ainsi les malades n’auront pas à payer le prix.
Ascension du col Thorong La au Népal

Le 29 novembre 2013, vers 9h15, j'atteignais le col Thorong La au Népal.
Le Thorong La ou Thorung Pass est un col situé à 5 416 mètres (17 769 pieds) au-dessus de niveau de la mer dans le Damodar Himal , au nord de l’ Annapurna Himal, dans le centre du Népal. Il relie la vallée de Manang, à l’est, avec Muktinath (3 800 m) à l’ouest dans le district de Mustang. C’est le plus haut col du Népal accessible aux randonneurs.Le col est régulièrement utilisé par les commerçants locaux, depuis le XVe siècle pour passer du pays de Manang au Mustang, puis au Tibet.
Je remercie Shaligram Subedi, le chef d’expédition de World Expedition ainsi que toute l’équipe népalaise , mais plus particulièrement, les sherpas et les porteurs.
Congrès du SNIIL-Toulouse (France) – 9 et 10 octobre 2013

De gauche à droite: Les participants à la table ronde du SIDIIEF: Gyslaine Desrosiers, présidente du SIDIIEF, André Laubscher, directeur de soins infirmiers, CHU Genève, Suisse, Sylvie Laperrière, conseillère-cadre, CSSS de la Montagne, Montréal, Claire Zablit, professeure, Faculté de sciences infirmières, Université St-Joseph, Beyrouth, Liban

Infirmière, profession libérale : l’exception française
Les 9-10 octobre, à Toulouse (France), le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (SNIIL)1 tenait son congrès de 40ème anniversaire. J’ai eu l’occasion de participer à ce congrès et d’animer une table ronde du SIDIIEF2 où les conférenciers présentaient l’exercice de la profession au Liban, en Suisse et au Québec. Au programme de ce congrès, les enjeux des soins gériatriques ou du suivi des personnes au prise avec un problème de santé mentale et enfin, un historique de l’exercice libéral ont permis de cerner des enjeux franco-français et d’autres à caractères plus universels.
La profession réclame partout la possibilité d’agir avec plus d’autonomie dans le cadre des soins à domicile et la prescription infirmière est à l’ordre du jour tant au Québec qu’en France. Dans ces deux cas, les pharmaciens d’officine se positionnent avec une certaine « vigueur » aux dépens des infirmières dans les protocoles de suivi, notamment d’ajustement des médicaments
Si le Québec a une longueur d’avance dans cette fameuse quête d’autonomie et dans le développement de la pratique avancée, la France se distingue par l’importance et l’ampleur d’une pratique infirmière libérale sur laquelle reposent les soins extrahospitaliers, en fait, tous les soins à domicile. Curieusement, la France fonctionne à l’envers du Québec avec des médecins hospitaliers salariés et des infirmières de soins à domicile en pratique libérale dont les actes infirmiers font l’objet d’une nomenclature dans une convention nationale et d’un remboursement par l’Assurance maladie de l’État.
Il y aurait environ 90,000 infirmières en pratique libérale soit environ 15 % des effectifs. Il a été mentionné durant le congrès qu’elles se situent au 2ème rang des micro-entreprises en France, donc, une force économique indéniable. Toute infirmière ayant un minimum de 2 ans d’expérience au cours des six dernières années peut ouvrir un cabinet. Il y a des restrictions dans les zones dites sur-dotées. Elle peut exercer seule, en collaboration ou en association.
Il y a quatre syndicats d’infirmiers libéraux4 en France qui, à l’instar des syndicats de médecins FMOQ et FMSQ au Québec, négocient notamment la tarification, le plan de retraite et les plans d’effectifs. Ces syndicats pratiquent un militantisme très « professionnalisant » axé sur la valorisation de la pratique infirmière : ils ont soutenu le rehaussement de la formation à l’université, la création de l’ordre et aujourd’hui, souhaitent la création d’une société savante infirmière.
Dans un contexte, où les soins à domicile ou en ambulatoires sont en croissance, les infirmières libérales occupent une position stratégique d’importance. La coordination des parcours de soins, l’accès direct aux professionnels de santé et la rémunération de l’éducation thérapeutique font l’objet de sourdes luttes interprofessionnelles. Dans tous les pays, les systèmes sanitaires doivent relever le même défi, celui des maladies chroniques et les assureurs, privés ou publics, confrontés à l’escalade des coûts de santé s’intéressent aux gains de performance. Comment faire valoir la performance et l’efficacité de la prestation infirmière ?
Il m’apparait que les syndicats d’infirmières libérales sont un peu coincés au plan des stratégies d’action. En effet, culturellement, les membres de ces syndicats, infirmières et infirmiers, adhèrent naturellement à un discours humaniste et centré sur la qualité relationnelle avec les patients. Trop souvent, le discours infirmier est plaintif et traditionnellement orienté sur la recherche de reconnaissance et devient sans intérêt pour les décideurs. Comment convaincre que la profession constitue un levier de solutions aux défis des systèmes de santé ? Une plus grande maitrise d’un discours économique axé sur la valeur ajoutée de la profession au plan systémique s’impose. Toutefois, ce discours orienté vers les décideurs ne fait pas vibrer le cœur de l’infirmière et risque d’éloigner l’association professionnelle ou le syndicat des préoccupations de la base.
Ainsi, le défi au plan médiatique s’avère gigantesque. Les syndicats hospitaliers, là-bas comme ici, présentent toujours la profession comme à bout de souffle et victime de décisions administratives abusives. Une profession qui fait pitié, ce n’est pas gagnant !!! En France, toutefois, les citoyens ont le libre choix de leurs infirmières libérales et ont un accès direct à celles-ci. Leurs syndicats peuvent se distinguer par une stratégie médiatique positive auprès de la population. On peut concevoir l’offre de services infirmiers comme « un produit » dans le marché de la santé qui requiert des stratégies marketing de positionnement renouvelées et un usage performant des médias sociaux. Dans un contexte de morosité générale, le citoyen pourra se dire « heureusement, que nous avons nos infirmières libérales ». !
Chaque contexte apporte un éclairage différent. Au Québec, on pourfend la rémunération à l’acte pour les médecins généralistes en soulignant qu’elle ne favorise pas la collaboration interprofessionnelle et encourage les médecins à pratiquer des actes « faciles » à grand volume. En France, la rémunération à l’acte pour les infirmières libérales permet de mieux cerner et identifier la contribution de la profession aux soins à domicile. Toutefois, la contribution « non-technique », telle la coordination de la prise en charge ou l’éducation thérapeutique, demeure une pomme de discorde parce que les médecins voudraient en avoir l’exclusivité et…améliorer leur rétribution de façon conséquente. Qui a déjà dit que l’argent est le nerf de la guerre ?
1 www.sniil.fr
2 SIDIIEF : Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone (www.sidiief.org )
3 Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (www.sniil.fr ), Fédération nationale des infirmiers (FNI) (www.fni.fr) et l’Organisation nationale des syndicats d’infirmiers libéraux (www.onsil.fr)
4 Convergence infirmière ( http://convergenceinfirmiere.com)


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